Le manque de mot chez l'adulte et chez la personne très âgée
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j'ai ce mot sur le bout de la langue!



Analyse du Mot sur le Bout de la Langue de 19 à 79 ans

En conversation, il est normal de chercher ses mots et il arrive que vous soyiez dans l’impossibilité momentanée de "récupérer" un mot connu que vous êtes certain(e) de connaître. Par exemple, vous cherchez le nom d’une personne connue ou un autre mot.Vous êtes alors en situation de “mot sur le bout de la langue”.

Le phénomène du mot sur le bout de la langue tendrait à augmenter avec l’âge mais il y a peu d’études sur le français. La communauté universitaire lausannoise comprend une population intéressante pour ce type d’études en termes d’âges, de formations et d’expériences linguistiques (monolingues, plurilingues). Nous avons réalisé une enquête auprès de cette communauté et publions actuellement nos premiers résultats.

Vieillissement et communication

Zellner Keller, B. (sous presse). Bien-être et communication: trouver ses mots en conversation. In E. Christen (Ed.), Du sentiment de bien-être en maison de retraite. Paris : Seli Arslan.

Zellner Keller, B & von Gunten A.. (sous presse). Perdre ses mots au cours du vieillissement: du normal au pathologique. Actualités Psychologiques, Les maladies du vieillissement.

Zellner Keller, B (soumis). La spécificité du locuteur âgé.


Relation entre l'avancée en âge et le manque de mot

Zellner Keller, B (soumis). Comment évaluer le manque de mot chez la personne âgée ?

Gillioz, C & Zellner Keller, B (soumis). Analyse du Mot sur le Bout de la Langue de 19 à 79 ans
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Résolution du manque de mot en conversation chez la personne âgée

Zellner Keller, B. (2007). “Comment est-ce qu’on dit ?” Vieillissement et manque de mot en conversation. Cahiers de linguistique française 28, pp. 87-97




En quoi consiste le phénomène du "mot sur le bout de la langue"?

En situation d’échanges spontanés, le traitement de l’information s’effectue très rapidement (entre 140 et 180 mots par minute selon Wingfield et al, 2006). C’est une situation qui implique une rapidité des traitements cognitifs. Les processus d’interactions dialogiques sont régis par un certain nombre de règles conventionnelles pour permettre le bon déroulement de la conversation. Cependant, une conversation peut se trouver arrêtée. Parmi les ruptures dans le flux conversationnel, on peut observer le phénomène du manque de mot qui se manifeste par des pauses silencieuses ou sonores, des mots vides de sens (ex : le truc), ou des hésitations lexicales ou phonologiques (Burke et al., 1991; Schwartz, 1999). Le manque de mot correspond à l’impossibilité ou difficulté marquée à aller "récupérer" des mots connus que le locuteur est certain de connaître. Le locuteur a l’impression momentanée de savoir le mot cherché sans le trouver (Feeling of Knowing -“FOK”) pouvant conduire au sentiment d’avoir le "mot sur le bout de la langue", c’est à dire d’être sur le point de le retrouver (Tip of the Tongue - “TOT”). Le TOT se rencontre dans la plupart si ce n’est toutes les langues (Schwartz, 1999). De plus, on trouve son homologue dans la langue des signes des malentendants, le “Tip-of-The-Finger”, ce qui suggère que ce phénomène relève d’un processus langagier universel (Thompson et al, 2005).

Les psycholinguistes (par exemple Garrett, 1992; Fromkin, 1971; Levelt, 1989) appréhendent le manque de mot comme un éclairage sur l’activité du système de production de la parole et ses contraintes. Le mot manquant est toujours un nom, un verbe, un adjectif ou un adverbe et jamais un mot grammatical (article, pronom, etc). L’interprétation du phénomène du TOT (ou "mot sur le bout de la langue") étaye l’hypothèse de l’accès au lexique en deux phases, la signification d’un mot - niveau sémantique - pouvant être retrouvée indépendamment de sa forme sonore - niveau phonologique (ex., Burke et al., 1991).

La résolution du manque de mot témoigne des aptitudes effectives linguistique, discursive et communicatives d’un locuteur. Les modes de résolution au TOT peuvent varier d’une part selon les ressources linguistiques et cognitives de la personne, d’autre part selon la qualité de l’interaction (neutralité ou coopération de l’interlocuteur par exemple). Schwartz (2001) répertorie trois grands types de résolution du manque de mot lorsqu’un locuteur est placé en condition expérimentale. Le premier type est celui de la résolution spontanée. Le mot cherché émerge spontanément sans stratégie consciente particulière. C’est la stratégie la plus utilisée en général en situation naturelle, surtout chez les locuteurs plus âgés. Ainsi, selon Burke et al (1991), les jeunes adultes résolvent 56% des TOTs de cette façon, le groupe intermédiaire 60% et les plus âgés 78%. Il n’est pas rapporté dans quel délai cette information est spontanément retrouvée. Un second type de résolution des TOTs est celui de la recherche active, fondée sur un effort mnémonique comme trouver la première lettre du mot cherché (Burke et al, 1991). Le dernier type de résolution est celui de la consultation, c’est à dire en cherchant autour de soi (autres locuteurs, dictionnaires, etc.).

Chercher ses mots est une activité normale chez tout locuteur. Selon la litterature, la fréquence du "mot sur le bout de la langue" augmente avec l’avancée en âge mais on ne sait pas vraiment comment évolue cette fréquence en  français en fonction de l'âge et des expériences linguistiques.


Références
Burke, D. M. (1991). On the Tip of the Tongue: What Causes Word Finding Failures in Young and Older Adults?, Journal of Memory and Language, 30:5.
Fromkin, V. A. (1971). The non-anomalous of anomalous utterances. Language, 47, 27-52.
Garrett, M. F. (1992). Disorders of lexical selection. Cognition, 42,143-180.
Levelt, W. J. M. (1989). Speaking: From intention to articulation. Cambridge, MA: MIT Press.
Schwartz, B. L. (1999). Sparkling at the end of the tongue: The etiology of tip-of-the-tongue phenomenology. Psychonomic Bulletin and Review, 6, 379 - 393.
Schwartz, B. L. (2001). The relation of tip-of-the-tongue states and retrieval time. Memory & Cognition, 29, 117 - 126.
Wingfield, A., Grossman, M. (2006). Language and the Aging Brain: Patterns of Neural Compensation Revealed by Functional Brain Imaging. J Neurophysiol 96: 2830-2839, 2006.